Le conseil municipal de la ville de Nouméa s’est réuni le mercredi 4 février à 18 heures. La séance était consacrée au débat d’orientation budgétaire 2026.
Le débat d’orientation budgétaire est un exercice obligatoire prévu à l’article L. 212-1 du code des communes de la Nouvelle-Calédonie. Il s’appuie sur un rapport et doit avoir lieu dans les deux mois précédant l’examen du budget primitif. Sans aucun caractère décisionnel, il permet à l’assemblée délibérante d’échanger sur les orientations budgétaires qui préfigureront les priorités déclinées dans le projet de budget primitif et d’être informée sur l’évolution de la situation financière de la collectivité.
Ainsi, après un bref rappel du contexte économique et financier local et un exposé de la situation financière de la ville, ont été présentées aux membres du conseil municipal les orientations du budget pour 2026 ainsi que les perspectives pour la période 2026-2028.
I. LE CONTEXTE ÉCONOMIQUE ET FINANCIER 2025
D’après les tendances conjoncturelles publiées par l’IEOM en décembre, la Nouvelle-Calédonie reste confrontée à une situation économique fortement dégradée, caractérisée par les conséquences persistantes des émeutes de mai 2024, la crise du secteur nickel et une forte incertitude institutionnelle.
Les soldes d'opinion des entreprises sur l'activité restent négatifs (-0,7 point) malgré une légère amélioration (+0,4 point), reflétant le pessimisme des professionnels.
Sur les crédits bancaires, la production totale de crédits aux entreprises (hors découverts) diminue en rythme annuel (-16,5 %) au 3e trimestre 2025 (proche des plus bas niveaux historiques). La production de crédits à la consommation progresse fortement au 3e trimestre (+36,1 %). Ils représentent désormais 51 % des nouveaux crédits aux particuliers, surpassant les crédits à l'habitat (40%). Le solde d'opinion sur l'investissement reste négatif pour le 7e trimestre consécutif, reflétant l'absence durable de perspectives et la réticence des chefs d'entreprise à investir dans ce climat incertain.
L’emploi salarié privé subit une forte diminution. Plus de 10 000 emplois ont été perdus entre le 1er trimestre 2024 et le 1er trimestre 2025, soit une baisse de 15,6 %.
Quant à la consommation des ménages, elle poursuit son repli.
Le secteur du BTP est au point mort, illustré par des ventes de ciment à leur plus bas niveau historique. Cette situation est entretenue par le manque de perspectives et un investissement des entreprises durablement insuffisant.
Malgré une hausse de la production due à un effet de base post-crise, le cours du nickel se replie et l'avenir du secteur reste incertain.
La dégradation de l'emploi et la vulnérabilité des ménages augmentent les dépenses sociales tout en réduisant les cotisations. La perte de plus de 10 000 emplois salariés privés réduit drastiquement l'assiette des cotisations sociales.
La situation financière des comptes sociaux était déjà critique avant les émeutes et l'augmentation massive du nombre de chômeurs accentue ce déséquilibre (moins de recettes, plus de charges).
Les destructions (émeutes de mai 2024) ont eu un lourd bilan matériel, nécessitant des aides (chômage lié aux exactions, chômage partiel). Ces dispositifs ont pesé lourdement sur les dépenses publiques ou sociales au cours de l'année.
Face à ces déficits de recettes et ces besoins accrus en dépenses sociales, le territoire est contraint de s'appuyer davantage sur l'aide extérieure. Le pays demeure fortement dépendant des aides en provenance de l'Hexagone, conditionnées par la mise en œuvre de réformes structurelles tant sur les dépenses publiques que sur le modèle économique calédonien.
II. LA SITUATION DE LA VILLE SAUVEGARDÉE
1. Une épargne satisfaisante
Evolution des recettes de fonctionnement (en MF)
En 2025, les recettes réelles de fonctionnement affichent une progression de 4,6 milliards de francs CFP par rapport à 2024. Cette hausse s’explique principalement par la perception de l’indemnisation exceptionnelle des assurances de 5 milliards de francs CFP pour les infrastructures et équipements détruits lors des émeutes de 2024.
Ainsi, sans prendre en compte cette recette exceptionnelle, les recettes réelles de fonctionnement chutent à 18,2 milliards de francs CFP, soit -400 millions de francs CFP par rapport à 2024. Cette diminution vient d’une réduction des recettes fiscales issues des centimes additionnels (-466 millions de francs CFP).
Les recettes fiscales de la ville subissent une érosion continue, amplifiée par la crise que traverse le pays depuis 2024. Après une chute brutale de 1,1 milliard de francs CFP en 2024 (-15 %), la baisse s'est accentuée en 2025 avec une perte supplémentaire de 500 millions de francs CFP (-7 %). Au total, la ville a enregistré une baisse cumulée de ses recettes fiscales de -1,6 milliard de francs CFP depuis 2023.
Les recettes propres enregistrent également une diminution de 200 millions de francs CFP due principalement à la baisse des recettes exceptionnelles (baisse des produits de cession d’immobilisations par rapport à l'exercice précédent).
À l'inverse, les dotations progressent de 200 millions de francs CFP en 2025, grâce au réajustement du Fonds intercommunal de péréquation (FIP) au titre de l'exercice 2024.
Cependant, les lourdes pertes fiscales enregistrées au budget de la Nouvelle-Calédonie depuis 2024 ont mécaniquement réduit l'assiette nette des dotations reversées aux collectivités. La dotation perçue par la ville est passée de 4,84 milliards de francs CFP en 2023 à 3,67 milliards en 2024, pour s'établir à 3,61 milliards de francs CFP en 2025. Au total, la ville a subi une perte cumulée de 1,2 milliard de francs CFP au titre du FIP sur cette période.
L’indemnisation perçue des assurances a permis à la ville d’engager les premiers chantiers de reconstruction.
En réponse à la chute brutale de ses ressources, la ville a été contrainte d’opérer des ajustements budgétaires drastiques sur ses dépenses, en favorisant les services essentiels au détriment d’autres dépenses de fonctionnement. Cette stratégie engagée depuis 2024 s’est avérée indispensable pour préserver sa situation financière. En 2025, cet effort a permis d'abaisser le niveau des dépenses de 1,5 milliard de francs CFP par rapport à 2023, comme l'illustre la refonte de la ventilation par catégories de dépenses présentée ci-après
Evolution des dépenses de fonctionnement (en MF)
Après une diminution de 2 milliards de francs CFP opérée en 2024, les dépenses de fonctionnement enregistrent une hausse contenue de 482 millions de francs CFP en 2025. Les dépenses de personnel ont diminué de 200 millions de francs CFP, les dépenses de gestion ont augmenté de 700 millions de francs CFP tandis que les subventions et contributions ainsi que les charges financières ont été stabilisées.
En matière de personnel, la ville réaffirme sa stratégie de maîtrise de sa masse salariale par plusieurs leviers opérationnels : le non renouvellement systématique des départs à la retraite et des postes vacants et la limitation stricte des heures supplémentaires. Ainsi, la ville a réduit sa masse salariale de 200 millions de francs CFP par rapport à 2024 et de 300 millions de francs CFP par rapport à la période 2020-2023.
Concernant les dépenses de gestion, l’augmentation reflète principalement les coûts opérationnels des services rétablis après la crise de 2024 et les besoins de maintenance des infrastructures restantes. Il s’agit notamment des dépenses d’entretien du patrimoine, des espaces verts et de la voirie (459 millions de francs CFP), des premiers travaux d’aménagement du lotissement de N’Du (155 millions de francs CFP) et des charges fixes (pour 104 millions de francs CFP dont une partie a été compensée par la baisse de certaines charges ce qui ramène ce montant à 69 millions de francs CFP).
Cette contraction des recettes limite mécaniquement la capacité de la ville à constituer l'autofinancement nécessaire à son programme d'investissement. Pour autant, elle a su adapter son pilotage budgétaire à ce contexte de crise sans précédent.
Grâce aux mesures de sobriété engagées dès 2024 et au maintien d'une rationalisation rigoureuse des charges en 2025, la ville est parvenue à dégager un taux d'épargne de 11 % à la clôture de l'exercice (contre 18 % en 2024). Bien qu'en retrait et en deçà du plancher des 15 %, ce résultat témoigne d'une gestion responsable permettant de sauvegarder une situation financière adaptée dans un contexte budgétaire fortement dégradé.
Evolution de l’épargne
2. La réalisation du programme d’investissement
Après le coup d’arrêt des investissements en 2024 provoqué par les conséquences de la crise sur les chantiers, la ville a opéré une révision complète de son programme d’investissement pour 2025. Ainsi, 4,3 milliards de francs CFP ont été investis, marquant la volonté de la collectivité de maintenir malgré tout une commande publique pour soutenir les entreprises calédoniennes lourdement impactées par la crise.
Les priorités se sont concentrées sur la poursuite des projets lancés en 2024 (1,2 milliard de francs CFP) et sur la reconstruction des infrastructures et équipements détruits lors des émeutes (1,7 milliard de francs CFP dont 1,2 milliard de francs CFP remboursé par l’Etat) et les autres dépenses d’investissement (1,4 milliard de francs CFP).
Pour l'exercice 2025, le programme d'investissement a été intégralement financé par des subventions d'investissement et par l'autofinancement dégagé par la ville, sans aucun recours à l'emprunt.
Evolution du programme d’investissement (en MF)
L’investissement cumulé de la collectivité s’élève à 28 milliards de francs CFP sur la période, soit une moyenne annuelle de 4,7 milliards de francs CFP.
Le mode de financement des investissements réalisés reste sain, basé principalement sur des ressources non coûteuses, à savoir l’épargne (60 %) et les subventions d’investissement (19 %) et par l’emprunt à hauteur de 21 %.
Evolution du financement des programmes d’investissement (en MF)
3. La situation de trésorerie
A la clôture de l'exercice 2025, le solde de trésorerie s’élevait à 6,5 milliards de francs CFP (760 millions de francs CFP fin 2024). Il doit être mis en perspective avec les engagements suivants :
- stock de dépenses engagées à décaisser : 730 577 729 F
- recettes non perçues :
- subventions d’investissement : 154 754 120 F
- centimes additionnels : 165 656 210 F
4. Un endettement modéré et une solvabilité satisfaite
Sans nouvel emprunt contracté en 2025, l'encours de la dette s'élève à 12,2 milliards de francs CFP à la clôture de l'exercice.
Concernant les indicateurs de solvabilité, la situation financière de la ville affiche une résilience notable malgré la crise. Le taux d'endettement s'établit à 53 % des recettes en 2025, contre 81 % en 2024.
Cette amélioration sensible est directement liée à la perception de l’indemnisation exceptionnelle des assurances. Ce ratio demeure très nettement inférieur à la limite maximale de 150 % préconisée par les bailleurs de fonds.
La capacité de désendettement se situe désormais à 4,7 années contre 4,6 années en 2024. Bien qu'en augmentation à cause de l'érosion des recettes structurelles, ce ratio garantit la solvabilité de la collectivité en restant sous le seuil de vigilance des 7 années.
L'encours de la dette communale est intégralement réparti entre deux partenaires institutionnels :
- AFD : 11 milliards de francs CFP (soit 91 % du stock).
- CDC : 1 milliard de francs CFP (soit 9 %).
Le profil d'extinction de la dette prévoit un terme à l'horizon 2044. Enfin, la structure du stock est sécurisée par une forte prévisibilité : 91 % des prêts sont conclus à taux fixe, les 9 % restants étant indexés sur des livrets d'épargne (Livret A ou LEP).
Structure de la dette au 31/12/2025
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III. LES ORIENTATIONS DU BUDGET 2026
Les orientations budgétaires pour l'exercice 2026 de la ville de Nouméa seront principalement consacrées à trois axes majeurs : la poursuite des chantiers prioritaires engagés depuis 2024, le programme de reconstruction des infrastructures ou équipements détruits lors des émeutes et la mise en œuvre du dispositif de solidarité républicaine.
1. Les chantiers prioritaires : 2 325 971 000 F
2. Le programme de reconstruction : 882 436 000 F
La ville poursuivra le programme de reconstruction des infrastructures ou équipements détruits lors des émeutes à hauteur de 1 milliard de francs CFP de crédits de paiement en 2026, répartis comme suit :
| - école les Orchidées-Daniel Talon | : 38 000 000 F |
| - voiries | : 292 236 000 F |
| - pôle de services publics à Rivière Salée | : 30 000 000 F |
| - espace polyvalent au Mouv’ | : 17 000 000 F |
| - espace municipal de Tuband | : 26 000 000 F |
| - médiathèque de Kaméré | : 5 000 000 F |
| - locaux de Macadam Partage à Doniambo | : 30 000 000 F |
| - mur d’escalade | : 200 000 000 F |
| - véhicules et engins | : 105 200 000 F |
| - dock au centre technique municipal à Doniambo | : 24 000 000 F |
| - relocalisation de la direction des risques sanitaires | : 79 000 000 F |
| - vidéoprotection | : 36 000 000 F |
3. Le dispositif de solidarité républicaine : 448 700 726 F
Institué par l’État et versé par la Nouvelle-Calédonie en 2025, le dispositif de solidarité républicaine représente une aide exceptionnelle pour la ville d’un montant de 448 700 726 francs CFP. La mise en œuvre de cette aide sera répartie sur les domaines d’intervention suivants :
- social : 272 943 808 F
- restauration : 40 171 446 F
- jeunesse : 135 585 472 F
IV.CONCLUSION
En dépit d'une conjoncture économique calédonienne qui demeure fortement dégradée et marquée par l’absence de perspectives de reprise, la ville de Nouméa a su faire preuve d'une résilience financière notable. La stratégie de pilotage engagée depuis 2024 permet aujourd'hui d'aborder l'exercice 2026 avec des fondamentaux préservés, malgré un environnement local caractérisé par une érosion structurelle des ressources.
Pour 2026, les orientations budgétaires seront résolument tournées vers la poursuite des chantiers prioritaires et l'accélération du programme de reconstruction. Forte de l'appui du dispositif de solidarité républicaine, la ville s'engage à maintenir à flot ses actions sociales au travers de son CCAS, vis-à-vis de sa jeunesse et la culture avec le pôle vie locale et les cantines avec la Caisse des Ecoles.