[Portrait] "Notre but, c’est que les jeunes progressent", Yvonne Nekoeng, éducatrice de rue

Publié le 16 juillet 2026

S’il y a bien un métier où l’on ne s'ennuie jamais, c’est celui d’éducateur de rue. Ces professionnels des quartiers échangent, orientent et suivent les jeunes en quête de solutions. L’une des agents de la mairie en a fait son leitmotiv. Rencontre.

Le mercredi matin, chacun sait à Rivière-Salée où trouver Yvonne Nekoeng. L’éducatrice de rue et son binôme, Ian Chesny, installent, face au Proxibus, le "café partage". Une table et quelques chaises suffisent à le monter. C'est l’un des "outils" dont se servent les éducateurs de rue de la ville de Nouméa pour créer du lien avec les habitants et les orienter facilement dans leurs démarches. Ils sont dix, à ce poste, à exercer dans les cinq secteurs de Nouméa. 

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Cette agent de la mairie s’occupe des jeunes de 12 à 26 ans, dans les quartiers du nord-est de la ville, depuis l’an dernier. "Je suis plus ancien sur le secteur, mais c’est tronqué. En arrivant, Yvonne connaissait déjà plus de monde que moi, du fait qu’elle soit une îlienne", ironise son équipier. Avant ça, elle avait travaillé cinq ans à la presqu’île de Ducos et cinq autres années dans le secteur sud, à Tuband et ses alentours. Et effectivement, le contact, elle connaît.

"Toujours sur le terrain"

Cette ancienne animatrice a commencé sa carrière avec l’Acaf (Association calédonienne pour l’animation et la formation) dans les années 90. C’est auprès d’elle qu’elle dit s’être "relevée", après l’arrêt de sa scolarité en troisième. Bafa, BAFD, brevet professionnel, certification de moniteur-éducateur…, elle enchaîne les diplômes en côtoyant les enfants, puis se tourne tour à tour vers les personnes en situation de handicap au foyer Paul-Reznik, le public de la Résidence des jeunes travailleurs et celui de la Maison des femmes Antoinette-Kabar. 

"Là, j’ai pris conscience que l’animation est une petite partie du social et que je voulais être éducatrice spécialisée." Elle y parviendra et des centaines de jeunes bénéficieront de son accompagnement. Emmanuel a croisé son chemin en 2019, à 19 ans : "Elle m’a orienté vers des chantiers d’initiation, m’a aidé à m’exprimer. J’ai fait une formation au CFA, en climatisation et froid." Mai 2024 lui fait perdre son travail, mais Yvonne Nekoeng le pousse à intégrer la mairie en contrat d’immersion, à bord du Proxibus. "C’est une bonne éducatrice. Elle s’occupe de nous jusqu’à ce qu’on arrive à faire de bonnes choses et elle est toujours sur le terrain", témoigne le jeune homme. 

Éducatrice à vie

"Je voulais le mettre ici, en tant que jeune et tatoué, indique Yvonne Nekoeng. Les gens sont contents. Ils voient que même si certains ont fait des bêtises, ils aident la population. Et lui peut se dire qu’il sert à des personnes dans le besoin."

"C’est vrai que la majorité de nos publics ce sont des jeunes qui ont fait des bêtises. La société en a parfois peur, mais il ne faut pas. Ils ont besoin de nous tous, les adultes", brandit l’éducatrice. Bien souvent, derrière, se cachent des "problématiques familiales énormes, insiste Ian Chesny. Notre travail est parfois compliqué parce qu’il faut beaucoup parler, expliquer. On entend parfois des histoires difficiles." Parmi elles, des "cas d'attouchements" pour lesquels le lien créé avec les jeunes permet de les accompagner vers les "partenaires qualifiés, qui prennent le relais".

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Ian Chesny, Yvonne Nekoeng, Emmanuel et une jeune habitante de Rivière-Salée.

Justice, déscolarisation, insertion professionnelle, transport…, les éducateurs de rue répondent à tout type de difficultés, parfois en partant de zéro, lorsqu’il n’y a ni papier d’identité ni aide médicale. "Notre but, c’est qu’ils deviennent autonomes, qu’ils progressent, avec une petite famille, un diplôme, un travail." Comme c’est le cas pour un enfant de la Dpass, qui n’a vécu que dans des foyers, et dont elle parle avec fierté. Il poursuit des études d’éducateur spécialisé dans l’Hexagone, dans les pas d’Yvonne Nekoeng, qui prévoit de "continuer à m’occuper des gens, même quand j’arrêterai mon travail".